MESSAGE DU DIRECTEUR GENERAL DU BCECO
Le développement économique : est-ce un leurre ?
Le développement économique ne se résume pas à un chapelet d'intentions. Il doit se vivre et être constaté notamment dans l'amélioration palpable des conditions de vie de la population d'un pays. En RDC, malgré que notre économie ait renoué avec des taux de croissance positifs, on a l'impression que ce pays se sous-développe chaque jour !
Nous avons en effet de moins en moins d'eau potable, d'électricité, de routes, d'écoles et d'hôpitaux. Ailleurs pourtant, des progrès s'accomplissent. L'eau potable est à la portée d'un plus grand nombre de personnes ; l'éducation de base est quasiment gratuit ; des soins médicaux de qualité sont dispensés à peu de frais ; les gens se logent convenablement et se déplacent sur des routes régulièrement entretenues et même nouvellement construites.
Lorsqu'on observe ces nations qui décollent et qui maintiennent le cap économiquement, l'on se rend compte que le développement n'est pas un leurre. C'est une réalité qui procède d'une vision, d'un leadership fort, d'une mobilisation efficace et d'une gestion rigoureuse des moyens tant humains que financiers.
La vision. Aucun pays ne peut se développer de manière durable sans une vision claire de son devenir. Que sera la RDC dans trente ou cinquante ans ? Quel secteur propulsera sa croissance économique à long terme ? Que faut-il pour matérialiser cette vision ? Il est important, voire obligatoire, que des réponses claires soient données à ces questions cruciales. La vision permet de cristalliser le rêve d'un peuple et d'un pays. Le rêve est en effet indispensable à toute entreprise, y compris celle de la conduite d'une nation. Dans ce cadre, le rêve doit être ambitieux, mais réaliste. Ne dit-on pas que quand on vise la lune, on peut tout au moins atteindre les étoiles ! Le rêve tout comme la vision doit être porté et guidé par le leadership.
Le leadership.
Pas de vision ou de rêve national sans un leadership d'envergure. Le peuple a besoin d'un leadership qui lui demande de se surpasser et qui lui indique clairement l'objectif à atteindre. Le peuple a besoin d'un leadership qui libère les énergies dormantes des hommes et des femmes qui, souvent, pensent que le développement de leur pays viendra de Washington, de Paris ou même du ciel. Des hommes et des femmes qui attribuent leur état de sous-développement à la jalousie des autres nations ou tout simplement à la mauvaise foi des pays du Nord ! Des hommes et des femmes qui préfèrent des aides alimentaires humiliantes composées de quelques centaines de kilos de riz ou de farine en lieu et place de fournir des efforts en vue d'une production nationale des céréales en millions de tonnes. Des hommes et des femmes qui refusent de s'interroger comment les routes, les hôpitaux, les écoles et des logements publics ont été construits et entretenus dans ce même pays du temps de nos parents et grands parents, certes avec l'appui des colonisateurs ! Des hommes et des femmes qui ne veulent pas comprendre pourquoi le congolais le plus instruit d'aujourd'hui refuse de payer l'impôt que le congolais des années soixante parfois analphabète libérait régulièrement ! Des hommes et des femmes qui soutiennent à cor et à cri des entreprises publiques littéralement en faillite ! Une société de transport aérien sans avion, une société ferroviaire sans train, etc. Bref, des hommes et des femmes qui s'accommodent des mentalités anti-développement. Face à de telles réalités, il faut un chef capable de galvaniser les troupes, pour mener un combat acharné contre la pauvreté et les antivaleurs sous toutes leurs formes.
Mobiliser davantage de ressources financières internes
Autant les hommes et les femmes doivent être mobilisés pour le développement, autant il faut assurer le financement de celui-ci. Dans ce cadre, Il est illusoire de fonder les espoirs essentiellement sur des ressources financières extérieures, nul n'ayant la maîtrise parfaite du déboursement ou de l'orientation de ces ressources extérieures. N'a-t-on pas vu certains bailleurs de fonds promettre à un pays des centaines de millions de dollars américains aussitôt budgétisés par celui-ci mais ne débourser qu'un dixième de cette somme ? On a vu également des donateurs imposer le secteur de leur intervention ou conditionner leurs déboursements à la réalisation de certains préalables parfois irréalisables ! On a vu des partenaires débourser plus d'argent pour le paiement des assistants techniques étrangers que sur les projets supervisés par ces derniers. A contrario, les ressources d'origine interne sont sous le contrôle total du pays et, de ce fait, peuvent être orientées selon la vision et les priorités du gouvernement. Mais pour cela, il faut que l'épargne nationale soit à mesure de répondre aux multiples besoins de financement du développement. Le gouvernement se doit donc de mettre en place des politiques à même de favoriser la formation de l'épargne intérieure via, notamment, une fiscalité appropriée, un cadre macro-économique stable, un environnement des affaires et un système bancaire assainis. Encore faut-il que les ressources mobilisées soient bien gérées.
Gérer efficacement et rigoureusement les ressources mobilisées.
Des milliards de dollars américains mal gérés peuvent conduire directement au sous-développement. On l'a vu avec tous ces éléphants blancs qui, du temps de la Deuxième République, ont englouti plusieurs centaines de millions de dollars ; autant de ressources qui auraient dû être affectées au financement des activités génératrices de richesses et d'emplois, mais qui ont donné naissance à une dette publique à charge des générations présentes et à venir. Il faut des règles précises et rigoureuses de gestion de ressources publiques de manière à en garantir une utilisation transparente et efficiente. Des audits de gestion et des contrôles de routine devront être effectués régulièrement pour s'assurer du suivi des prescriptions en matière de collecte des recettes et d'exécution des dépenses publiques. Des sanctions positives ou négatives, selon les cas, devront suivre la publication des résultats de ces audits pour les rendre dissuasifs et utiles à la gestion.